Daniel Zaidani aux côtés de la diaspora Bretonne pour alerter

Convié par le réseau Udjama et l’association bretonne M’Lango Fougères-Mayotte à une journée « Mayotte et Vous », Daniel Zaidani évoque sans tabou les menaces qui planent sur Mayotte avec en ligne de mire le « projet non avoué de la Communauté de l’Archipel des Comores ».

 

C’est à Fougères, ville bretonne bastion d’une forte communauté d’origine Mahoraise ancrée depuis plusieurs décennies, que les réseaux associatifs Udjama et M’Lango FM ont décidé de réaliser, samedi 12 mai, une action de sensibilisation autour des vents violents et contradictoires qui traversent le dernier département français. Bien que l’île ait été déclarée, indépendamment du reste de l’archipel qui acquiert l’indépendance, officiellement sous le giron français en 1975, l’atmosphère douteuse de ces dernières semaines laisse place aux suspicions inquiétantes. En cause, un manque de transparence d’une partie des décisionnaires centraux qui végèterait un projet empoisonné nommé « Communauté de l’Archipel des Comores ». Sur Mayotte, de nombreuses voix s’élèvent, à l’instar d’Estelle Youssouffa, pour tuer dans l’œuf ce qui serait considéré comme une véritable trahison faite au peuple Mahorais. Mais en métropole, la diaspora quelque peu éloignée de l’actualité mahoraise, ne semble pas avoir précisément conscience des tenants et aboutissants d’un tel projet. C’est donc dans le but d’alerter et de convaincre que Daniel Zaidani a axé son allocution sur ce principe simple « Si ce projet existe réellement, il est de notre devoir de protester contre une telle condamnation du territoire mahorais. S’il n’existe pas, comme les représentants de l’état s’évertuent à le dire, on aura au moins réaffirmé notre choix et notre souhait de s’ancrer toujours plus vers la France et surtout pas vers les Comores. Alors j’appelle toute la population, même les sceptiques, à manifester leur point de vue car nous n’avons rien à perdre et tout à gagner ».

 

Une diaspora sur le qui-vive

Ce qui a d’abord interrogé la diaspora présente requiert de la nature même de cette inquiétude. Qu’est-ce-qui rendrait ce projet crédible alors que Mayotte a gagné le combat en acquérant le statut de département et que la logique tiendrait à une tendance pro-intégration française ? A Daniel Zaidani d’expliquer ce qui pour lui « prouve que depuis plusieurs années voire dizaines d’années, l’ennemie de Mayotte française incarné en certains membres du Quai D’Orsay projette de rendre Mayotte au Comores tôt ou tard. Peut-être dans 10 ou 15 ans, mais pour eux, Mayotte finira par retrouver les Comores ». Selon l’ancien président de la collectivité unique de Mayotte, il est contingent que cette volonté soit réelle puisque le constat des non-investissements structurels de la France à Mayotte corrobore cette conclusion. En énumérant les nombreuses incohérences que subit Mayotte – une part de la population étrangère passée en 25 ans, soit une génération, de 5 à 52% en 2017 alors que la puissance française devrait être en mesure de contrôler les 374 kilomètre² qui composent la petite île de Mayotte ; la non adaptations de mesures légales intenables à Mayotte telle que les rythmes scolaires ; l’absence de volonté de créer une piste longue à Mayotte puisque certaines considèrent « qu’il y en a déjà une à Moroni, ce qui est suffisant » – Daniel Zaidani relate une réalité connue mais sous-estimée par la diaspora. A l’écoute de ces constats alarmistes, la devise du « Ra Hachiri » s’est exportée jusqu’en métropole puisque la plupart des débats ont ensuite tourné autour de la nécessité de rester vigilant face à ces injustices qui ne sauraient trop durer.

 

Une sensibilisation multi-générationnelle

Durant toute l’après-midi, les questionnements ont émané de l’ensemble de la diaspora bretonne, sans limite d’âge ni de sexe. De l’étudiante inquiète de la non prise en charge par l’Etat des lycéens mahorais envoyés en métropole récemment abandonnés par la DPSU, aux aînés soucieux de la recrudescence de la délinquance à Mayotte , en passant par un jeune actif troublé par les différences de traitement entre les fonctionnaires métropolitains et mahorais ; l’audience du jour s’était montrée particulièrement attentive aux enjeux contemporains d’une Mayotte « à demi-française » ou « en sous-France ». Et comme soutient l’adage « il faut savoir d’où l’on vient pour savoir où on va », les parents d’origine mahoraise mettent un point d’honneur à sensibiliser les jeunes générations qui n’ont pas connaissance de l’histoire longue de Mayotte, « cette île que les comoriens aiment s’approprier alors qu’elle a plus longtemps été française que membre à part entière de l’entité des Comores unis » selon Daniel Zaidani.

 

Mêler culture et conviction

Comme il est difficile de mobiliser une diaspora qui se sent souvent écartée les problématiques de Mayotte, les associations Udjama et M’Lango FM ont opté pour la formule gagnante de lier l’utile à l’agréable. Ainsi, c’est en couplant la culture mahoraise à l’idéologie de Mayotte française que Cansel Nourdine Bacar, présidente d’Udjama et Ahamada Mohamed, président de M’Lango FM ont organisé la journée de sensibilisation. Chants traditionnels, ateliers M’sindzano, restauration typiquement mahoraise, décoration ornée de tissus salouva …Tout était mis en œuvre pour que l’immersion au cœur du canal du Mozambique soit totale. En recréant certains éléments de l’environnement mahorais, c’est baigné par les souvenirs que les mahopolitains ont pris part aux débats. C’est l’esprit recherché par « Mayotte et vous ». Après une première édition ayant accueilli Anchya Bamana et ce second évènement, qui a fait intervenir Daniel Zaidani ; la collaboration entre les deux associations semble briller, au grand bonheur d’une diaspora qui se veut de plus en plus impliquée.

 

 

Ludivine Ali

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