Ibrahim Ahmed : il faut libérer la parole des Mahorais

Ibrahim Ahmed : il faut libérer la parole des Mahorais

D’esprits, au-delà des croyances animistes des Mahorais, nous allons en savoir plus sur Ibrahim Ahamed, un Mahorais à l’esprit alerte et définitivement amoureux de son île. Soucieux de l’avenir de Mayotte, de ses habitants, ce jeune homme que Mayotte a vu naître et grandir -même s’il ne veut pas l’admettre, expériences oblige-écrit des essais pertinents sur des thèmes touchant des questions existentielles parfois philosophiques mais qu’il qualifie de “métaphysiquement concret. Il a fait le choix de s’installer il y a plusieurs années de cela dans le département français voisin : l’île de La Réunion. C’est depuis l’île Bourbon qu’il nous livre sa vision, son vécu et son expérience.

Dites-nous qui vous êtes ?  

 Je suis ce que l’on appelle « un Mahorais de la Réunion ». Sans pour autant prendre mon cas pour une généralité. J’ai vécu à la Réunion à plusieurs étapes de ma vie. Selon le choix des parents, puis par mon propre choix par la suite. 

J’ai travaillé à Mayotte dans le primaire, l’enseignement du premier degré. Comme tout jeune Mahorais j’ai beaucoup évolué dans les milieux associatifs et sportifs. Ce sont des domaines qui m’ont beaucoup apporté humainement. Originaire de la commune de Dzaoudzi-Labattoir à Mayotte, J’ai dû quitter mon île pour des raisons familiales et personnelles. Ce qui fait la force et l’épanouissement d’un individu c’est sa famille.
A la Réunion, un Mahorais a 3 étapes : scolarité, famille, travail. Le côté sociabilité est lié en grande partie aux structures associatives. Ma vie fut plutôt discrète mais je n’ai jamais cessé de m’intéresser à l’évolution des sociétés mahoraises et réunionnaises, un véritable sujet d’étude pour moi pendant ces années passées ici. 
 L’un de mes principaux objectifs était de voir la manière dont la France interagissait avec l’un de ses départements d’outre-mer le plus proche de chez nous au milieu de l’Océan Indien. Concrètement, le fonctionnement d’un DOM. 
Une façon de prendre les devants pour savoir à quelle sauce allait être « mangé » Mayotte en accédant au statut de Département.

Je pus disposer ici de tous les moyens intellectuels possibles tout en trouvant ma voie dans la vie. Ce fut un choix difficile, des fois mal accepté par mes proches mais enrichissant et nécessaire pour l’avenir.

 

Pouvez-vous nous parler de faits marquants l’actualité récente à Mayotte ? 

La situation à Mayotte n’est pas des plus confortables pour la population de Mayotte. Il règne un sentiment d’inquiétude qui a du mal à se dissiper dans l’esprit des gens.

Les événements récents des affrontements armés entre rebelles Anjouanais opposants au régime d’Azali Assoumani et l’armée comorienne ne laissent pas insensibles les Mahorais. Notamment sur le climat politique délétère qui s’est enlisé aux Comores.

De plus, il est de source sûre d’après la presse que les rebelles ont trouvé refuge par voie de kwassa sur Mayotte. Demandant l’asile politique à l’Etat français via son représentant sur l’île, le Préfet.

En plus des mouvements sociaux sur l’île, il va falloir maintenant gérer un conflit comorien qui a ses partisans de part et d’autre sur notre île. La population Mahoraise est prise en étau comme à l’accoutumée dans ce bourbier.

Mon impression est qu’on a à faire d’une certaine manière à une sorte de “chantage” (avec la population comme monnaie d’échange). Que ce soit du côté du gouvernement français pour justifier tout ce qui n’est pas faisable ailleurs sur un territoire français, ou du côté du gouvernement comorien qui fait le blocus pour le retour des personnes rentrées par voie clandestine à Mayotte.

L’Etat doit jouer son rôle de protecteur de sa population civile. C’est-à-dire prendre toutes les mesures nécessaires à l’avance pour prévenir les risques envisageables liés à la situation dans la zone. On a l’impression jusqu’ici que tout est fait en théorie et non applicable en pratique.

Si la population dit elle-même ne pas avoir le sentiment d’être en sécurité, c’est que c’est extrêmement grave.

Quels sont les causes à l’origine de la crise à Mayotte ? 

Je ne suis pas à proprement parler un analyste ou un spécialiste de la politique, de l’économie ou du social. J’entends ici et là les impressions des uns et des autres. Ce qui me frappe le plus c’est la manière dont chaque parti ou intervenant rejette la responsabilité sur le peuple pour se dédouaner. Personne n’est responsable de rien mais tout le monde est coupable.

La crise est politique dès lors qu’il est question de l’implication d’Etats en présence ainsi que de leurs populations respectives. Inutile de faire un dessin que les relations entre la France et les Comores sur la question de Mayotte ont toujours été mouvementées. Les différentes crises politiques aux Comores sur la lutte pour le trône présidentiel notamment ont vu l’implication de mercenaires français. La crise est sociale par « la médiocrité » des politiques publiques, et menace à chaque instant d’être économique par le soulèvement de la population.

La grève des barrages a démontré à quel point le tissu économique mahorais est fragile. Ce qui m’attriste est qu’on ne se rend pas compte à quel point Mayotte est importante par sa particularité au niveau de son choix d’être française. Toutes ces populations qui viennent à Mayotte, y viennent car ils savent qu’elles auront là une chance qui ne leur serait pas permise ailleurs.

Si tout s’effondre, que se passera-t-il ? Le pire des scénarios serait l’anarchie. Que Le sentiment d’abandon de la population Mahoraise par la France ne soit plus un sentiment mais un réel abandon, un désistement. On n’en est pas encore là, heureusement. 

La récente mission parlementaire aux Comores a permis d’éclairer la Commission des affaires étrangères sur les véritables raisons de l’immigration clandestine des comoriens vers Mayotte. Mais aussi la vision erronée de certains fonctionnaires de passage à Mayotte sur les politiques publiques à mener dans le 101ème Département de France. 

Entendre un Haut-fonctionnaire dire qu’il faudrait cesser le développement de certains services publics « vitaux » pour la population de Mayotte parce que cela pourrait avoir pour conséquence un éternel appel d’air pour l’immigration clandestine est tout simplement  scandaleux et désolant. En suivant cette logique, cela reviendrait à dire que si le gouvernement comorien ne développe pas des infrastructures publiques pour sa population, c’est que son intention est de se débarrasser de sa couche de population la plus pauvre forcée de prendre le risque d’aller en « kwassa » à Mayotte.

Puisque les plus aisés peuvent par leurs propres moyens aller se faire soigner ailleurs par exemple, ou envoyer leurs enfants faire leurs études en bénéficiant d’un meilleur système scolaire  dans des pays étrangers moyennant finances. 

D’ailleurs, au vu de la forte concentration de population originaire de l’Etat comorien ce phénomène est effectif à Mayotte avec la saturation des services publics.

C’est-à-dire, que pour être bien soigné à Mayotte il faut aller désormais au Département français voisin ou en métropole à cause des files interminables dans les salles d’attente qui débordent sur les rues. Au niveau de l’école publique aussi, on ne peut plus dispenser un enseignement de qualité face au phénomène de classes bondées (plus de 30 élèves en classe). Le nombre de salles de classes reste insuffisant pour une meilleure répartition des élèves. 

Déjà que Mayotte accusait un retard conséquent par rapport à tout territoire Français digne de ce nom, le « faux » aveu d’impuissance des pouvoirs publics face au phénomène de l’immigration clandestine (3 embarcations de fortune de « kwassa » avec à bord 80 passagers clandestins en moyenne par semaine minimum) et l’inertie des politiques publiques ou à moindre coût, du bricolage, furent ce qui mit le feu aux poudres.

Nous n’avons pas encore certaines infrastructures permettant un plein épanouissement, et une réelle réponse à la demande. Ce qui était offert jusqu’ici c’était le strict minimum, qui ne suffit plus.
De plus en plus on se rend compte que le monde politique ne peut plus résoudre les problèmes des citoyens. Le pouvoir des élus est clairement limité. Ils obéissent en premier à une ligne de conduite de leur formation politique d’origine, pour ne pas dire leur famille politique. C’est pour cela qu’on a tous ces bouleversements sociaux en cette fin d’année. C’est le résultat d’une accumulation de frustrations.
Cette terrible réalité fait penser à la population qu’elle ne peut compter que sur elle-même.
On a cette impression que cette voix est restée inaudible. Vous savez, lorsque vous êtes en face de personnes qui ne vous connaissent pas ou qui croient vous connaitre, ils font cette erreur d’orienter votre discours. Cela donne un autre discours qui diffère totalement ou partiellement du votre. Un discours faussé.
Je pense qu’on se fait une image de l’ultramarin, et du Mahorais encore plus. Nous autres Mahorais avons jusqu’ici toujours fait confiance aux autres pour parler à notre place. Ce qui n’est pas sans conséquences. D’autres personnes diagnostiquent nos “maux” et relayent la plupart du temps une image erronée. Ne pas s’exprimer ou s’exprimer de manière maladroite est une porte ouverte à toute autre opinion dégradante à votre égard.
 

Comment lpopulation peut-elle prendre en main l’avenir de son l’île ? 

Il existe des forces vives. Je suis du genre optimiste de nature. Il suffit de tirer le meilleur de ces forces. La première force, qui est la jeunesse, est très dynamique et a soif de reconnaissance, d’évolution positive des choses. Cette jeunesse est demandeuse. Si nous n’utilisons pas à bon escient cette énergie elle risque de nous desservir négativement. D’où les phénomènes de délinquance et de désœuvrement menant aux drogues, au banditisme. Il reste beaucoup à faire. 

L’Histoire a démontré que les Mahorais, et en particulier les Mahoraises, ont su relever les défis qui se présentaient à eux. Je pense que les choses évolueront positivement avec de belles surprises. Il y a toujours dans la société civile des citoyens Mahorais pour orienter le destin de l’île. Ça fait partie de notre culture désormais de se lever au bon moment pour prendre notre destin en mains.  

L’avenir de Mayotte repose donc sur son capital humain et la formation des cadres, avec une meilleure organisation de la société civile. En tout cas c’est le mieux que l’on puisse espérer. Sans l’espoir la vie n’aurait pas de sens. L’espoir fait vivre comme on dit. Cela va sans doute dépendre de la manière dont les revendications seront prises en compte. Surtout si la voix des Mahorais au fin fond de l’Océan Indien sera écoutée, entendue et comprise. 

La libération de la parole a un rôle à jouer.  Il faut donc libérer la parole des Mahorais sous différents supports vers différents horizons pour qu’on sache qui il est vraiment. Savoir Quelles sont ses attentes et son avis sur l’avenir de son île. Les référendums ne suffisent plus et ne peuvent remplir ce rôle. Ils sont ponctuels, rares et espacés dans le temps. Leur impact ne concerne que les institutions mais ne renseigne pas sur la nature de la population. Leur Histoire.

Cette Histoire si singulière au sein de la République Française qui justifie l’ADN du Mahorais. C’est une richesse à faire partager. Maintenant, nous avons toujours nos élus pour nous représenter… Encore une fois je vais me répéter mais la voix des Mahorais doit être entendue, comprise. Sans cela le calme sera toujours temporaire. Il est très important qu’on ne décide pas à notre place parce qu’on se fait une idée à soi de ce qu’est un Mahorais, et de ce qui serait meilleur pour lui.  

Quels pourraient être les leviers de développement de l’île  

Il existe une dynamique entrepreneuriale dont on ne parle pas beaucoup à cause du climat politique qui règne ces derniers temps. C’est une habitude à Mayotte que le climat politique couvre toutes les autres bonnes initiatives.

Avec les femmes toujours en tête de peloton au niveau des initiatives, il y a de l’espoir de voir la société mahoraise prendre un autre virage. On se rend de plus en plus compte de notre potentiel créatif. Qu’il n’y a que nous-mêmes qui sommes en mesure de mieux connaître nos propres attentes et nos besoins pour structurer notre société.

Pour cela les enjeux environnementaux et écologiques jouent un rôle primordial du fait que nous vivons sur un territoire insulaire qui est notre île. Nous aurons à combiner développement et économie avec protection de l’écosystème de l’île. En mettant en place des structures et organismes dédiés à veiller et contribuer vers cette tendance plus que vitale. Pour le moment le marché des services domine notre économie locale. La question de la logistique et des transports nous ramène aux problèmes qui ont secoué l’actualité : la gestion du Port de Longoni et l’allongement de la piste de l’aéroport de Pamandzi.

Maintenant nous devons aborder de manière plus efficace et harmonieusement le marché de production des biens localement. La vie chère et les monopoles mènent la vie dure à la population. Cela évitera aussi d’importer tout et n’importe quoi qui détruit la santé de la population et dégrade notre environnement sans savoir comment cela a été fabriqué. On ne se rend pas compte que c’est un problème de santé majeur.
On commence à faire le lien à l’heure actuelle entre l’alimentation et des maladies qui ne touchent plus seulement des personnes âgées mais une catégorie de la population beaucoup plus jeune. Etant à la Réunion je rencontre beaucoup de jeunes venant ici pour se faire soigner sur des maladies chroniques avec des traitements à vie. Des maladies que l’on voyait plus chez le 3ème âge. L’espérance de vie est en chute libre. Ce ne sont pas là les signes visibles positivement parlant d’un territoire sous gouvernance française. 
  
Plus que le côté matériel du développement de Mayotte, c’est un état d’esprit sur la confiance d’entreprendre qu’il faut développer et répandre au sein de la population. La fonction publique ne peut pas absorber toute cette réserve humaine en matière de compétences au niveau du marché du travail.

D’ailleurs cela a crée une sorte de Bureaucratie au sein de l’île  avec une bonne partie de la population active travaillant dans les collectivités territoriales.

La jeunesse Mahoraise ne doit pas avoir peur d’entamer des études longues car nous sommes un territoire en devenir qui a un besoin criant de médecins et spécialistes dans différents domaines importants. L’enseignement doit donc y être de qualité avec des élèves se fixant des objectifs très élevés. Nous avons encore au sein de la jeunesse ce regard rêveur de vouloir devenir ce que l’on a envie d’être.

Les politiques doivent aller dans ce sens, fournir tous les outils nécessaires pour qu’un jeune puisse disposer des armes intellectuelles requises pour réussir où qu’il se trouve dans son parcours de vie. Ce n’est que comme ça que l’on pourra voir émerger plus tard, même si le phénomène est là de manière timide, un accaparement dynamique des leviers de développement de l’île, nécessitant des compétences exceptionnelles, par notre capital humain, notre jeunesse.

Que pouvez-vous dire des Mahorais vivant à l’extérieur  ? 

Je ne peux pas me prononcer en ce qui concerne les Mahorais vivant en France métropolitaine. Je peux le faire à mon échelle en tant que Mahorais vivant à la Réunion. Nous autres Mahorais aimons partager ce qui nous rappelle Mayotte d’où la multiplication des associations mahoraises. Tout ce qui se passe à Mayotte nous touche et a un impact direct dans nos vies par les liens qui nous unissent. On a sans cesse ce besoin de nous ressourcer avec des produits de chez nous. Ce lien indéfectible ne laisse aucun Mahorais indifférent.  

Je tiens quand même à préciser qu’au départ le Mahorais qui quitte son île le fait dans le but de pouvoir revenir un jour y vivre et y travailler. C’est le cas des étudiants par exemple. Mais les politiques publiques mises en place ces deux dernières décennies n’ont pas été à la hauteur des enjeux. On a assisté à des actions de politiques publiques par « à-coups ». Par nécessité. Les mauvaises langues diront pour des raisons électoralistes (rires).

Ce qui a eu pour conséquences un exil des Mahorais dans d’autres territoires de la France où les politiques publiques sont mieux administrées, et de manière continue. Cette façon de faire incite les Mahorais à vivre loin de leur île, et à réfléchir plusieurs fois avant un retour définitif sur leur île natale.

A l’extérieur,  Ils y trouvent de nouveaux intérêts familiaux et professionnels aussi. Le fait de savoir que les choses ne font que se dégrader à Mayotte est un facteur qui n’encourage pas à revenir y vivre. Ceux qui y reviennent le font pendant la période des vacances malgré le prix des billets. C’est l’une des destinations les plus chères au monde.  Voyager est un luxe pour le Mahorais.
Les informations que nous recevons de notre île viennent principalement de nos familles sur place. Je dois dire que les informations sur les différents événements qui touchent les habitants, au niveau des médias à l’extérieur de Mayotte sont bien maigres. Ce qui se passe à Mayotte n’est pas suffisamment relayé à l’extérieur. Du coup, on a l’impression que tout va bien. Pas de nouvelle, bonne nouvelle.
Les médias locaux restent locaux. C’est un véritable problème. C’est peut-être l’une des raisons qui fait que l’on a l’impression de ne pas être entendu ailleurs. Principalement en France Métropolitaine. Là où nos compatriotes français pourraient être au courant de la véritable situation des Mahorais et de Mayotte. Non pas attendre à chaque fois les périodes électorales au niveau national. D’ailleurs je me réjouis que UDJAMA puisse jouer ce rôle. C’est un bon début je dirais. Même si le chemin est encore long. 
Vous avez suivi le mouvement national des gilets jaunes, qu’est-ce que cela vous inspire ? Un retour au calme est-il possible ? Sous quelles conditions d’après vous ? 

C’est le mouvement social le plus important de ce 21ème siècle à la Réunion, et dans toute la France depuis Mai 1968.

L’appel du samedi 17 novembre 2018 a eu un revirement inattendu. Les gens se sont sans doute rendu compte de leur force en tant que peuple dans un moment de communion pour les mêmes problématiques. Un sentiment profond d’injustice pour le « Nombre ». C’est-à-dire faire partie de l’effectif le plus important pour faire avancer l’économie en achetant et consommant, mais également en travaillant, sans pour autant être avantagés dans la vie. Au contraire, c’est sur eux que l’on fait appel dans un élan de solidarité nationale devant l’impôt, dans les crises qui touchent la France. Un mouvement qui a duré 1 mois à la Réunion par son intensité, qui continue en France Métropolitaine.La taxe sur le carburant fut l’élément déclencheur. Je dirai même que cette mesure du Gouvernement d’Emmanuel Macron et de son 1er Ministre Edouard Philippe est tombé à pic pour faire descendre le peuple dans la rue. C’est à la fois symbolique d’une France qui va de mal en pis, qui ne veut plus que l’on prenne des décisions sans son consentement.

Les conséquences de cette « révolution » des gilets jaunes sur l’île Bourbon ont été pénibles pour la population Réunionnaise du fait des blocages et des débordements par des actes d’incivilités isolés sévèrement sanctionnés par les autorités publiques. Plusieurs personnes avec des casiers judiciaires vierges furent condamnés à de la prison ferme par exemple.

Pas de mobilité sur le territoire, pas d’acheminement des marchandises et des aliments de première nécessité dans les commerces et les grandes surfaces, rupture de stocks disponibles : pénurie générale.  Les Réunionnais ont tenu bon en se regroupant à des points clés de l’économie de l’île (Port et aéroport, axes principaux de circulation) jusqu’à l’arrivée de la Ministre des Outre-Mers Annick Girardin.

Elle a employé la même méthode d’approche des négociations qu’à Mayotte pendant la « grève des barrages » en début d’année. Aller directement à la rencontre des manifestants pour s’asseoir et recueillir leurs doléances. A partir de ce qu’elle a proposé aux gilets jaunes réunionnais, le mouvement a commencé à se démanteler pour laisser place à un apaisement d’observation sur les promesses de la Ministre, donc du Gouvernement.

Les élus réunionnais ont pris part aux débats avec prudence, du fait de la perte de confiance de la population envers la politique et les politiciens. Des propositions ont pu apaiser les gilets jaunes à l’échelle locale, comme le retour aux tarifs de départ concernant le carburant. Donc annulation de la hausse. Des discussions sur la mise en place d’une autre manière de faire entendre la voix des réunionnais et de répondre à leurs attentes sont en cours en collaboration avec la Région Réunion. Les institutions publiques et privées également sont concernées, de même que tous les groupes économiques et autres associations.

On a tendance à regarder la popularité de ce mouvement des gilets jaunes sur les revendications matérielles (Salaires, pouvoir d’achat, prix des carburants et des produits de première nécessité, baisse des taxes, moins d’impôts, etc.), omettant le côté immatériel plus que symbolique et non moins importante. Les Marseillaises entonnées partout en France, les symboles républicains arborés, la demande pressante d’un dialogue direct avec l’Etat  sont bien la preuve que cela dépasse le cadre de la manifestation de rue ou syndicale de ces dernières décennies.

Le Référendum d’initiative citoyenne (R.I.C) est la pierre angulaire du cri du peuple que revêtent les gilets jaunes. Je ne pense pas qu’un mouvement d’une telle ampleur va s’essouffler et disparaître du jour au lendemain. A mon humble avis il va « muer » en force politique pour jouer un rôle dans les prochaines échéances électorales.

Cette tendance se dessine dans les différentes interventions médiatiques de leurs représentants. Même si c’est un mouvement qui est né des réseaux sociaux, il a pris de court tout le monde, même les gilets jaunes eux-mêmes. D’où la difficulté de faire émerger des représentants ou des porte-paroles au départ. Le gouvernement également s’est retrouvé devant une énigme par manque d’informations, et du fait du caractère novice d’un parti politique la LREM fraîchement créé « pour prendre le pouvoir »… et non pour gouverner.

Qu’en est-il des Mahorais par rapport à cette vague des gilets jaunes?

L’implication des Mahorais s’est faite de manière sporadique sur la Métropole et ici à la Réunion. Des jeunes travailleurs Mahorais se sont illustrés dans les différents barrages sur les rond-points en Métropole pour soutenir à leur manière les gilets jaunes, et ici des « bouénis » Mahoraises et d’autres Mahorais selon leur ville de résidence ont pu venir en soutien aux gilets jaunes Réunionnais.

Au cours de l’année 2018 et ceci presque chaque année les mouvements sociaux égrènent la vie quotidienne des Mahorais avec le même retour de la part de l’Etat et de ses représentants : « nous faisons le nécessaire pour pouvoir répondre aux problématiques des Mahorais. Un Ministre de… ou une délégation viendra étudier les choses afin de répondre au mieux les problèmes que traverse le 101ème Département de France.

Un refrain qui revient en boucle depuis plusieurs années déjà, au fil de la valse des gouvernements successifs. On a même une expression sur l’île pour définir ce procédé de l’Etat français pour ses citoyens Mahorais : « des mesures Dafalgan ». Faîtes pour atténuer le mal et la douleur sans pour autant guérir le malade. Du temporaire. De l’éphémère.
Ibrahim Ahamed
Bloggeur et essayiste
  • Abonnez-vous à

    Obtenez l’ensemble des derniers contenus par e-mail quelques fois par mois.

  • Fermer le menu